I Will Not Look Away · 2026
Le droit s'applique à tous, ou à personne.
Détourner le regard est le geste le plus courant face à l'injustice. Ici, au moins, il devient un choix conscient.
Gaza · Ukraine · Soudan · Venezuela · Flottille · Taïwan · Liban
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But
Cette plateforme est née d'une conviction simple et inconfortable : que le droit international ne peut pas avoir d'exceptions géopolitiques. Que le silence, à un certain moment, devient complicité.
Je ne représente pas une organisation. Je ne suis pas un mouvement politique. Je suis un citoyen qui voit, ressent et choisit d'agir — à travers les seules armes que le droit met à la disposition de ceux qui n'ont pas de pouvoir : des mots précis, des faits documentés, des normes écrites.
Cette plateforme héberge des manifestes fondés sur le droit international, des actualités sur des déclarations et événements pertinents avec leur cadrage juridique, et des pétitions ouvertes à la signature de quiconque partage le principe qu'aucun État n'est au-dessus du droit.
I Will Not Look Away · 2026
Une seule personne. Aucune organisation, aucun mouvement — un citoyen qui a choisi de ne pas se taire.
Ce manifeste est écrit par une seule personne.
Je ne représente ni une organisation, ni un parti, ni un mouvement. Je suis un citoyen européen qui a beaucoup voyagé pour le travail et rencontré des personnes de toutes origines — sociales, religieuses, politiques, géographiques. J'ai des amis juifs, musulmans, catholiques, athées. Cette diversité n'est pas un décor dans ma vie : c'est la façon dont j'ai appris à raisonner.
Sur ce conflit, j'ai écouté tout le monde, à commencer par ceux qui me sont les plus proches. Mes amis juifs m'ont mis à rude épreuve. J'ai voulu comprendre leur point de vue, je l'ai cherché sérieusement, je l'ai examiné. Mais j'ai finalement trouvé devant moi quelque chose que je ne peux pas appeler argument : seulement des justifications pour des actes que le droit international qualifie d'illicites. Et j'ai compris que continuer à me taire — pour ne pas blesser une amitié ou pour ne pas paraître ce que je ne suis pas — aurait été malhonnête. Envers eux, avant tout envers moi-même.
Je crois dans les normes du droit international non comme commodité rhétorique, mais comme fondement réel de la coexistence civile. Je crois en la morale occidentale au sens le plus ancien et le plus inconfortable du terme : celle des personnes, pas celle de la politique et de l'économie. Sur ce sujet, on a touché le fond moral. Le point où le silence cesse d'être prudence et devient complicité.
Si vous partagez cette conviction, ce manifeste est aussi le vôtre.
I Will Not Look Away · 2026
Des documents fondés sur le droit international : faits documentés, normes violées, mesures concrètes.
Ce manifeste est écrit pour deux catégories de personnes que le discours public dominant tend artificiellement à opposer, mais qui partagent en réalité le même pari moral : que le droit vaille pour tous, sans exceptions géopolitiques.
Il s'adresse, en premier lieu, à tous ceux — de toute nationalité, culture ou appartenance religieuse — qui ne sont pas moralement disposés à accepter les abus commis par l'État d'Israël contre les populations civiles de Gaza et du Liban. À ceux qui ont vu les images du phosphore blanc tomber sur les maisons et ont décidé que le silence n'est plus une position tenable. À ceux qui reconnaissent que l'oppression systématique et sans réponse engendre la violence — et qu'attribuer cette violence exclusivement aux opprimés, en ignorant les conditions structurelles qui la produisent, est un acte de cécité morale avant d'être politique.
Il s'adresse, en second lieu et avec une force égale, à chaque citoyen israélien et à chaque juif de la diaspora qui est aujourd'hui discriminé, ostracisé ou culpabilisé pour les actions d'un gouvernement qu'il n'a pas choisi, qu'il conteste ou contre lequel il a ouvertement lutté. Ils ne sont pas responsables des choix militaires et politiques de leur État. Les identifier à ces choix est une erreur que ce manifeste rejette avec la même netteté qu'il rejette la conduite de l'État israélien.
Ces deux groupes ne sont pas en contradiction. Ils sont les deux faces d'une seule question : est-il possible que le droit international soit respecté, et qu'aucun être humain ne paye pour les fautes qu'il n'a pas commises ? La réponse de ce manifeste est oui — et la condition pour la rendre vraie est d'appeler les choses par leur nom.
Ce manifeste naît d'un acte de conscience rationnelle, non d'une impulsion émotionnelle. Ceux qui souscrivent à ce document ont observé, avec un étonnement intellectuel croissant, l'évolution d'une conduite étatique qui ne peut plus être ramenée aux catégories ordinaires de l'usage de la force en conflit armé. Le point de non-retour a été l'emploi systématique et documenté du phosphore blanc sur des zones civiles densément peuplées — une arme dont la nature indiscriminée et incendiaire est interdite de façon non équivoque par le droit international humanitaire coutumier et conventionnel.
Cette déclaration n'est pas un acte d'antisémitisme, ni un déni du droit du peuple juif à l'existence et à la sécurité. C'est un acte de fidélité au droit international — le même ordre juridique que le monde a construit sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale avec la promesse « plus jamais ». Une promesse que les États signataires ont l'obligation juridique et morale d'honorer, même lorsque cela signifie retirer la reconnaissance à ceux qui ont répétée et structurellement violé cette promesse.
Le phosphore blanc (WP) est une substance chimique qui s'enflamme spontanément au contact de l'oxygène, brûlant à des températures supérieures à 800°C. Une fois enflammé, il continue de brûler jusqu'à épuisement de l'oxygène disponible ou jusqu'à sa consommation totale. S'il entre en contact avec des tissus humains, il pénètre en profondeur et continue à brûler en interne, causant des lésions extrêmement graves, souvent mortelles, et en tout cas permanentes.
Human Rights Watch a documenté, avec des preuves photographiques, des vidéos et des témoignages directs, l'utilisation de munitions au phosphore blanc par les Forces de défense israéliennes (FDI) dans des zones densément peuplées de la bande de Gaza et du sud du Liban à partir d'octobre 2023. Dans les deux contextes, l'emploi a eu lieu dans des zones urbaines civiles, en violation du principe de distinction et de l'interdiction des armes à effets indiscriminés.
« Israeli forces have used white phosphorus in military operations in Lebanon and Gaza, putting civilians at risk of serious and long-term injuries. » — Human Rights Watch, 12 octobre 2023
L'emploi du phosphore blanc dans des contextes urbains peuplés de civils constitue une violation du Protocole III à la Convention sur certaines armes classiques (CCW, Genève 1980). Même s'il n'est pas formellement qualifié d'arme chimique lorsqu'il est utilisé comme agent fumigène, son utilisation délibérée comme agent incendiaire contre des populations civiles constitue un crime de guerre au sens de l'article 8 du Statut de Rome.
La République d'Afrique du Sud a déposé, le 29 décembre 2023, une requête contre l'État d'Israël devant la Cour internationale de Justice (CIJ). La CIJ, par ordonnance du 26 janvier 2024, a reconnu la plausibilité des accusations de génocide et prononcé des mesures conservatoires.
« The Court considers that at least some of the rights claimed by South Africa and for which it is seeking protection are plausible. » — CIJ, Ordonnance du 26 janvier 2024, § 54
La Chambre préliminaire I de la CPI a délivré, le 21 novembre 2024, des mandats d'arrêt contre le Premier ministre Netanyahu et le ministre de la Défense Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. C'est la première fois dans l'histoire de la Cour que de tels mandats sont émis contre les dirigeants d'un gouvernement occidental ou de l'un de ses alliés stratégiques.
L'Assemblée générale des Nations Unies a adopté, le 18 octobre 2023, la résolution ES-10/21 avec 120 voix pour. Le Conseil de sécurité a été systématiquement paralysé par le veto des États-Unis, bloquant toute résolution contraignante de cessez-le-feu.
La « non-reconnaissance » invoquée ici a un objet précis et juridiquement fondé : le refus de reconnaître comme licite la conduite de l'État d'Israël dans ses opérations militaires à Gaza et au Liban. C'est exactement ce que les Articles sur la responsabilité de l'État (ARSIWA, CDI/ONU 2001) imposent aux autres États face aux violations graves de normes impératives :
Le titre de ce manifeste — « non-reconnaissance de l'État d'Israël » — est à lire dans cette clé : non comme une négation ontologique de l'existence étatique, mais comme un refus politique et moral de conférer une légitimité à une conduite qui viole systématiquement le droit impératif.
La communauté internationale n'a jamais « non-reconnu » l'État d'Afrique du Sud comme entité juridique. Ce qu'elle a fait — et c'est le précédent pertinent — c'est déclarer illégitime la conduite du régime, suspendre l'Afrique du Sud des agences spécialisées, imposer un embargo obligatoire sur les armes (Résolution 418, 1977) et isoler progressivement le gouvernement jusqu'à l'effondrement de l'apartheid en 1990. C'est exactement le modèle que ce manifeste propose d'appliquer.
Les signataires reconnaissent explicitement que si le critère était l'utilisation d'armes incendiaires en zones urbaines, d'autres États mériteraient des mesures analogues — les États-Unis, la Russie, la France, la Turquie. Cette asymétrie n'est pas une preuve d'antisémitisme, mais elle est une preuve de la sélectivité avec laquelle le droit international est appliqué. La réponse correcte n'est pas la paralysie : c'est l'affirmation que le même standard doit valoir pour tous.
Application de l'article 5 de la Charte — suspension des droits et privilèges — par l'Assemblée générale agissant en vertu de la résolution « Uniting for Peace » (Résolution 377, 1950).
Suspension de l'adhésion d'Israël à l'UNESCO, à l'OMS, à la FAO, au Conseil des droits de l'homme de l'ONU, à l'OCDE et au Conseil de l'Europe, jusqu'à la cessation des opérations violant le droit international humanitaire.
Adoption d'un embargo obligatoire sur les fournitures d'armes, de munitions et de technologies militaires à double usage à l'État d'Israël, analogue à celui adopté contre l'Afrique du Sud en 1977. Application de sanctions économiques ciblées avec des mécanismes de vérification internationale.
Ce manifeste n'est pas dirigé contre le peuple israélien, contre les citoyens juifs d'Israël ou de la diaspora, ni contre la culture, l'histoire ou la tradition juive. Il est dirigé contre les choix gouvernementaux et les conduites militaires d'un État qui, à travers ses organes, a réitérément violé le droit international.
Nous reconnaissons et soutenons les voix de ces citoyens israéliens — cette minorité qui dissent, qui descend dans la rue, qui documente et dénonce les violations de son gouvernement. La non-reconnaissance de l'État n'est pas leur silence : c'est, paradoxalement, l'un des actes les plus forts de soutien à leur cause.
Nous, soussignés, en vertu de notre adhésion aux principes du droit international, de la Charte des Nations Unies, de la Convention sur le génocide de 1948 et du Statut de Rome, déclarons :
Le phosphore blanc qui brûle sur Gaza et le Liban brûle aussi la légitimité d'un système international qui ferme les yeux. Nous ne fermons pas les yeux.
Fondement juridique, éthique et politique d'une cohérence nécessaire
Aux gouvernements des États membres de l'Union européenne et à tous les États parties aux Conventions de Genève. Aux institutions internationales. À tout citoyen qui croit que le droit s'applique à tous ou ne s'applique à personne. Et à ceux qui, en lisant le premier manifeste de cette plateforme, se sont demandé si son auteur appliquait la même mesure à tous les violateurs du droit international. Ce document est la réponse.
Le 24 février 2022, la Fédération de Russie a envahi l'Ukraine. Pas une «opération militaire spéciale» : une agression armée contre un État souverain, en violation de l'article 2(4) de la Charte des Nations Unies — la norme fondatrice de l'ordre international construit sur les ruines de la Seconde Guerre mondiale.
Depuis : des villes rasées, des infrastructures civiles systématiquement frappées, des exécutions sommaires documentées à Boutcha et Irpin, des déportations de masse. Le 16 mars 2022, la Cour internationale de Justice a ordonné à la Russie de suspendre immédiatement les opérations militaires. La Russie a ignoré l'ordonnance. La Cour pénale internationale a émis des mandats d'arrêt contre le président Poutine. La Russie a répondu en inculpant les juges de la Cour.
Ce manifeste ne naît pas de l'appartenance à un camp. Il naît du même principe qui fonde le premier manifeste de cette plateforme : aucun État n'est au-dessus du droit international. Aucun.
Parmi tous les crimes documentés, un seul définit la nature de cette guerre plus que tout autre.
L'Ukraine a documenté en détail — avec lieu d'origine et localisation actuelle — plus de 19 500 mineurs déportés en Russie ou dans les territoires occupés. Les estimations du Humanitarian Research Lab de l'Université Yale dépassent 35 000. Les chercheurs ont identifié 210 structures de détention et de rééducation, réparties sur 5 600 kilomètres de la mer Noire au Pacifique : camps d'été, écoles de cadets, orphelinats, une base militaire, un monastère.
Ces enfants reçoivent de nouveaux noms, de faux documents, la citoyenneté russe. Ils sont placés en adoption forcée. Ils sont punis s'ils parlent ukrainien. Ils sont enrôlés dans des programmes paramilitaires où ils apprennent à manier les armes et à jurer fidélité à l'État qui les a arrachés à leurs familles. Certains sont entraînés à combattre — potentiellement contre leur propre pays.
Seuls 1 300 environ sont rentrés chez eux.
Le transfert forcé d'enfants d'un groupe à un autre est l'un des actes constitutifs du génocide au sens de l'article II, lettre (e), de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948. Pas par analogie. Pas par interprétation extensive. Par le texte littéral de la norme.
Le 17 mars 2023, la Cour pénale internationale a émis des mandats d'arrêt contre Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie, et Maria Lvova-Belova, commissaire présidentielle aux droits de l'enfant, pour la déportation et le transfert illicite d'enfants ukrainiens. C'est la première fois dans l'histoire qu'un chef d'État d'un membre permanent du Conseil de sécurité fait l'objet d'un mandat d'arrêt international.
Les Articles sur la responsabilité de l'État (ARSIWA, CDI/ONU 2001), articles 40 et 41, établissent que face à des violations graves de normes impératives du droit international, les autres États ont l'obligation de : ne pas reconnaître comme licite la situation créée par la violation ; ne pas prêter aide ou assistance au maintien de cette situation ; coopérer pour mettre fin à la violation par des moyens licites.
L'interdiction de l'agression et l'interdiction du génocide sont des normes impératives (jus cogens). L'obligation de non-reconnaissance n'est pas une faculté politique : c'est une obligation juridique.
Ici, ce manifeste diverge de tout autre document semblable. Parce que l'Union européenne, face à la Russie, a déjà fait ce que le droit exige.
Elle a adopté des paquets de sanctions sans précédent. Elle a gelé les réserves de la banque centrale russe. Elle a soutenu publiquement les mandats de la Cour pénale internationale. Elle a accueilli des millions de réfugiés. Elle a déclaré, par des actes concrets, que la conduite d'un État agresseur ne serait pas reconnue comme licite.
Et puis, face à des violations des mêmes normes impératives commises par l'État d'Israël, elle a choisi le silence, les distinguos, la coopération ininterrompue.
Ce double standard n'est pas un détail diplomatique. C'est une blessure auto-infligée à la civilisation juridique occidentale.
Israël est qualifié de «seule démocratie occidentale du Moyen-Orient». Fort bien : qui revendique l'appartenance à l'Occident revendique aussi ses fondements — la primauté du droit sur la force, la responsabilité du pouvoir, l'égalité devant la loi. Ces principes ne sont pas nés hier : ils ont été affinés par des siècles de philosophie, de révolutions, de constitutions, de tribunaux. Ils sont ce que l'Occident a de plus précieux à offrir au monde.
Exempter de la loi précisément l'État qui se proclame partie de cette tradition, c'est en renverser le sens. Une démocratie occidentale ne se juge pas à un standard plus bas : elle se juge au standard le plus élevé, parce que c'est celui qu'elle-même proclame. L'appartenance à l'Occident n'est pas une immunité — c'est une prise de responsabilité.
Quand l'Europe sanctionne la Russie pour la déportation des enfants et se tait sur qui utilise du phosphore blanc sur des zones civiles, elle ne protège pas Israël : elle se discrédite elle-même. Elle déclare au monde entier que le droit international est un instrument contre les ennemis, pas un principe. Et à ce moment-là, chaque autocrate de la terre obtient l'argument qu'il cherchait : vos règles sont de l'hypocrisie.
Le droit international appliqué sélectivement n'est pas du droit : c'est du pouvoir déguisé en principe. Et chaque application sélective affaiblit toutes les applications — y compris les justes, y compris celles contre la Russie. Qui se tait sur un crime pour des raisons d'alliance rend moins crédible la condamnation de tous les autres.
Ce manifeste n'est pas contre la Russie comme nation, ni contre le peuple russe. Des milliers de citoyens russes ont protesté contre cette guerre en payant de la prison, de l'exil, de leur vie. Des journalistes russes ont documenté les crimes de leur propre gouvernement. Des mères russes ont cherché leurs fils envoyés mourir dans une guerre qu'ils n'ont pas choisie.
La distinction entre État, gouvernement et peuple n'est pas une concession rhétorique : c'est le fondement de tout raisonnement juridique et moral sérieux. Elle vaut pour la Russie exactement comme elle vaut pour Israël. C'est la même distinction, parce que c'est le même principe.
Je ne reconnais pas comme licite la conduite de la Fédération de Russie en Ukraine. Je ne reconnais pas la déportation de 19 500 enfants comme une «évacuation humanitaire». Je ne reconnais pas l'annexion de territoires comme des «référendums». Je ne reconnais pas l'agression comme une «opération spéciale». Et je demande que le droit que l'Europe a su appliquer à la Russie soit appliqué à tous — à commencer par qui se proclame partie de l'Occident et de ses valeurs. Parce que le droit s'applique à tous, ou ne s'applique à personne.
Fondement juridique, éthique et politique d'une attention due
Aux gouvernements des États parties à la Convention sur le génocide. À l'Union européenne et à ses États membres. Aux États qui entretiennent des relations commerciales et militaires avec ceux qui arment les responsables. Aux médias occidentaux, dont le silence a un poids. Et à tout citoyen qui se demande pourquoi certaines victimes remplissent les premières pages et d'autres n'existent même pas.
Ce manifeste est le troisième d'une série. Le premier concerne la conduite de l'État d'Israël à Gaza et au Liban ; le deuxième, celle de la Fédération de Russie en Ukraine. Tous trois appliquent le même schéma juridique identique — les obligations de non-reconnaissance prévues par les articles 40-41 ARSIWA — à des violateurs différents, de camps différents, avec des alliés différents. Qui lit ce document pour la première fois est invité à lire aussi les deux autres, disponibles sur iwillnotlookaway.org : le principe qui les fonde est unique, et il se mesure précisément à son application sans exceptions.
Depuis avril 2023, le Soudan est dévasté par une guerre entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF), héritières des Janjaweed qui ensanglantèrent le Darfour il y a vingt ans. Le bilan : plus de 150 000 morts estimés, 12 millions de déplacés — la plus grande crise de déplacement au monde — et la plus grave famine du XXIe siècle.
En janvier 2025, le Département d'État américain a formellement déterminé que les RSF ont commis un génocide contre les populations non arabes du Darfour. En février 2026, la Mission internationale d'enquête des Nations Unies est parvenue à la même conclusion pour les faits d'El Fasher.
Deux déterminations formelles de génocide. Et le monde regarde ailleurs.
Cette plateforme porte le nom d'un engagement : I will not look away. Ne pas détourner le regard. Aucun cas au monde ne rend cet engagement plus nécessaire que le Soudan — le génocide sans caméras, sans manifestations, sans indignation. Le génocide qui ne divise pas l'opinion publique pour la raison la plus atroce : l'opinion publique ne sait pas qu'il existe.
Le 26 octobre 2025, après dix-huit mois de siège durant lesquels la population a été délibérément affamée, les RSF ont pris El Fasher, capitale du Darfour-Nord, où vivaient avant la guerre un million et demi de personnes.
Le Bureau des droits de l'homme de l'ONU, sur la base de plus de 140 témoignages, a documenté plus de 6 000 tueries dans les trois premiers jours : au moins 4 400 dans la ville, plus de 1 600 le long des routes de fuite, où les civils en fuite étaient systématiquement interceptés et exécutés. Le bilan réel est certainement supérieur ; certaines estimations parlent de dizaines de milliers.
Les survivants rapportent les paroles des combattants RSF : «Y a-t-il des Zaghawa parmi vous ? Si nous trouvons un Zaghawa, nous vous tuons tous.» Et : «Nous voulons éliminer tout le noir du Darfour.»
La Mission de l'ONU a conclu : siège prolongé, famine délibérément infligée, refus de l'aide humanitaire, puis tueries de masse, viols systématiques, tortures, disparitions forcées — «une opération planifiée et organisée présentant les caractéristiques distinctives du génocide», menée «avec l'intention de détruire, en tout ou en partie, les communautés Zaghawa et Four».
El Fasher n'est pas un épisode. C'est la réplique d'El Geneina et Ardamata (2023, contre les Masalit), du camp de réfugiés de Zamzam (avril 2025, deux mille morts, quatre cent mille en fuite). C'est une méthode.
La CPI a déjà démontré qu'elle peut agir : en octobre 2025, elle a condamné à vingt ans un chef Janjaweed pour les crimes de 2003-2004. Vingt ans après les faits. Les victimes d'aujourd'hui ne peuvent pas attendre 2045.
Les RSF ne sont pas un État. Mais aucun groupe armé ne commet un génocide seul. Derrière chaque massacre d'El Fasher se trouve une chaîne documentée de fournisseurs, financiers et bénéficiaires.
Les Émirats arabes unis sont le principal soutien documenté des RSF. Amnesty International (mai 2025) a identifié entre les mains des RSF des bombes guidées chinoises GB50A — fabriquées en 2024, jamais documentées auparavant dans aucun conflit au monde — et des obusiers AH-4 de 155 mm : selon le SIPRI, les Émirats sont le seul pays au monde à avoir importé ce système d'armes de Chine. Les drones Wing Loong II et FeiHong-95 qui les lancent sont utilisés au Soudan exclusivement par les RSF. Le Groupe d'experts de l'ONU sur le Soudan a relevé le même schéma. Les Émirats nient — mais les bombes de 2024 explosées au Darfour en 2025 ne s'expliquent pas toutes seules.
Le mobile n'est pas idéologique : il est économique et géopolitique. L'or soudanais — dont les principales mines sont contrôlées par les RSF du général Hemedti — afflue en grande partie vers Dubaï, comme documenté par Global Witness et The Sentry. S'y ajoutent les intérêts émiratis sur les ports de la mer Rouge et les terres agricoles soudanaises.
La Chine fabrique les armes à travers Norinco, conglomérat étatique de la défense, et les vend aux Émirats sans qu'aucun mécanisme de contrôle de la réexportation ne soit appliqué — en violation de l'esprit du Traité sur le commerce des armes que les Émirats eux-mêmes ont signé.
La Russie a joué sur les deux tableaux : le groupe Wagner, à travers les sociétés Meroe Gold et M-Invest sanctionnées par les États-Unis et l'UE, a pendant des années échangé armes et entraînement contre des concessions aurifères dans les zones contrôlées par les RSF, avant le repositionnement de Moscou vers l'armée régulière en échange de la perspective d'une base navale à Port-Soudan.
Et l'Europe ? L'Europe n'a pas vendu d'armes aux RSF. Elle a fait quelque chose de plus subtil : à travers le Processus de Khartoum et les fonds pour le contrôle des migrations, elle a pendant des années traité comme interlocuteur frontalier un appareil dont les RSF se proclamaient le bras opérationnel — externalisant le confinement des migrants à qui est aujourd'hui formellement accusé de génocide. Et aujourd'hui, devant les preuves recueillies par l'ONU et Amnesty, elle n'a pas imposé une seule sanction significative aux Émirats : trop importants comme partenaires commerciaux, énergétiques et financiers.
Le droit est clair. L'article 16 ARSIWA établit que l'État qui prête aide ou assistance dans la commission d'un fait internationalement illicite en répond. L'article I de la Convention sur le génocide impose à chaque signataire l'obligation de prévenir — une obligation que la Cour internationale de Justice (Bosnie c. Serbie, 2007) a déclarée opérante dès le moment où l'État prend connaissance du risque sérieux. Tout le monde sait. Depuis des années. La connaissance est aux actes de l'ONU. Ce qui manque, ce n'est pas la preuve : c'est la volonté.
Pour l'Ukraine, l'Occident a mobilisé sanctions, armes, accueil, attention médiatique permanente. Pour Gaza, au moins, le monde s'est divisé, a discuté, a rempli les places. Pour le Soudan : rien. Pas de sanctions significatives contre qui arme les RSF. Pas de sommets extraordinaires. Pas de premières pages. Cent cinquante mille morts et douze millions de déplacés valent moins d'espace médiatique qu'une semaine de n'importe quelle autre crise.
Les victimes soudanaises n'ont pas le tort d'être du mauvais côté. Elles ont le tort pire : n'être d'aucun côté qui intéresse quelqu'un. Aucun levier géopolitique, aucun lobby, aucun projecteur. Elles sont la preuve définitive que l'attention du monde ne suit pas la gravité des crimes mais la convenance de qui regarde.
Une civilisation juridique se mesure exactement ici : à la façon dont elle traite les victimes qui ne servent à personne.
Il y a plus. Le même Occident qui se tait sur les Émirats et oublie le Soudan continue de se présenter au monde comme maître de civilisation. Il prétend exporter la démocratie à des peuples qui construisaient des empires, écrivaient de la poésie et codifiaient le droit quand l'Europe n'existait pas encore — à la Perse des cylindres de Cyrus, qui il y a deux mille cinq cents ans proclamaient la liberté de culte des peuples soumis. Avec quelle autorité ? L'autorité morale ne s'hérite pas des livres d'histoire : elle se gagne par la cohérence, et se perd par l'hypocrisie.
Un Occident qui sanctionne sélectivement, qui arme qui lui convient, qui gradue son indignation sur le prix du pétrole et les contrats commerciaux, n'exporte pas la démocratie : il exporte la preuve que ses valeurs sont négociables. Et chaque peuple du monde le voit. Les Soudanais abandonnés le voient, les Palestiniens sous les bombes le voient, les Iraniens qui luttent pour leurs droits le voient — et ils n'ont aucun besoin de leçons de qui trahit chez lui les principes qu'il prêche.
L'auteur de ces lignes a voyagé pour son travail dans de nombreux pays, et a appris une chose qu'aucun traité n'enseigne : aujourd'hui un citoyen occidental, devant un interlocuteur de toute autre civilisation, ne part plus d'une position de supériorité morale. Il part d'une position de dette. Il doit d'abord répondre — au moins en lui-même — du double standard de ses institutions, du silence de ses gouvernements, de la sélectivité de son indignation. Ce manifeste est aussi une tentative d'honorer cette dette : démontrer qu'au moins les citoyens, sinon les gouvernements, savent encore appliquer un principe sans regarder la convenance.
Ce manifeste n'est pas contre le peuple soudanais, ni contre les communautés arabes du Darfour — elles-mêmes victimes, dans bien des cas, d'une guerre qui les dépasse. Ce n'est pas non plus une absolution des Forces armées soudanaises, dont les crimes sont eux aussi documentés et méritent justice.
Il est contre une méthode génocidaire, contre qui l'arme, et contre l'indifférence qui la rend possible.
Je ne détourne pas le regard d'El Fasher. Je n'accepte pas qu'existe une hiérarchie des victimes. Je ne reconnais pas comme normal le silence du monde devant deux déterminations formelles de génocide. Et je n'accepte pas que l'Occident prêche aux autres la démocratie qu'il trahit chez lui. Le Soudan est le banc d'essai de la sincérité de quiconque — moi compris — invoque le droit international pour les crises qui font l'actualité. Si le principe vaut, il vaut aussi quand personne ne regarde. Surtout quand personne ne regarde. Parce que le droit s'applique à tous, ou ne s'applique à personne.
Fondement juridique, éthique et politique d'un principe qui n'admet aucune exception — pas même au sommet
Aux gouvernements des États membres de l'Union européenne et à tous les États parties à la Charte des Nations Unies. Aux institutions internationales. À tout citoyen qui croit que le droit s'applique à tous ou ne s'applique à personne. Et à ceux qui pensent que défendre la légalité internationale quand la victime de la violation est un autocrate, c'est défendre l'autocrate. Ce n'est pas le cas. C'est le seul moment où la défense de la légalité prouve sa sincérité.
Ce manifeste est le quatrième d'une série. Le premier concerne la conduite de l'État d'Israël ; le deuxième, celle de la Fédération de Russie ; le troisième, le génocide au Soudan et ceux qui l'arment. Tous appliquent le même schéma juridique — les obligations de non-reconnaissance prévues par les articles 40-41 ARSIWA — à des violateurs différents, de camps différents. Ce quatrième document ferme le cercle de la seule manière cohérente possible : en appliquant le principe au sommet même du système. Les autres manifestes sont disponibles sur iwillnotlookaway.org.
Dans la nuit du 3 janvier 2026, les États-Unis d'Amérique ont attaqué le Venezuela. Raids aériens sur Caracas et trois États du pays, défenses aériennes démantelées, communications coupées, victimes civiles et militaires. À 2h01, les forces spéciales ont atteint la résidence du président Nicolás Maduro et l'ont enlevé de sa chambre à coucher, avec son épouse, pendant leur sommeil. Transférés sur un navire militaire, puis dans une prison de New York, pour être jugés par un tribunal fédéral américain pour trafic de drogue.
Pas de mandat international. Pas d'autorisation du Conseil de sécurité. Pas d'attaque armée vénézuélienne à laquelle répondre. Pas même l'autorisation du Congrès américain. Une opération nommée, avec une précision involontaire, «Absolute Resolve» : détermination absolue — c'est-à-dire, par définition, déliée de toute contrainte.
Le président américain a ensuite déclaré que les États-Unis «gouverneraient le pays jusqu'à la transition». L'administration de fait d'un État souverain, annoncée en conférence de presse depuis un resort privé.
Ce manifeste ne naît pas de sympathie pour le régime vénézuélien — qui n'en mérite aucune. Il naît du principe qui fonde les trois autres documents de cette plateforme : aucun État n'est au-dessus du droit international. Et si le principe ne vaut pas pour le plus puissant, il n'a jamais été un principe : c'était seulement la règle que le plus puissant imposait aux autres.
Parmi toutes les violations de cette nuit-là, une a des conséquences structurelles qui dépassent le cas vénézuélien.
Le droit international reconnaît aux chefs d'État en exercice l'immunité personnelle absolue devant la juridiction des autres États. Ce n'est pas un privilège des puissants : c'est la clé de voûte qui empêche chaque État d'«arrêter» les dirigeants des autres sur la base de ses propres lois internes et de ses propres chefs d'accusation. La Cour internationale de Justice l'a établi sans ambiguïté dans l'affaire du Mandat d'arrêt (Congo c. Belgique, 2002) : un chef d'État en exercice ne peut être jugé que par une cour internationale — comme la CPI pour Poutine ou Netanyahou — jamais par la justice interne d'un autre pays.
Les États-Unis ont fait exactement cela : ils ont appliqué leur propre code pénal à un chef d'État étranger, l'ont enlevé par la force de son territoire en bombardant sa capitale, et le jugeront devant un de leurs tribunaux de district.
Les conséquences ne concernent pas Maduro. Elles concernent tout le monde. Si le précédent tient, chaque puissance peut faire de même : la Chine peut «arrêter» un président que ses lois qualifient de terroriste ; la Russie peut «arrêter» un dirigeant que son code qualifie d'extrémiste. Le chef d'accusation est sans importance — chaque ordre juridique interne peut en produire un. Ce qui a été abattu le 3 janvier n'est pas un régime : c'est la barrière qui séparait le droit international de la loi du plus fort.
S'ajoute le contexte : depuis septembre 2025, plus de trente frappes militaires contre des embarcations dans les Caraïbes et le Pacifique, plus de cent dix personnes tuées sans procès, sans accusations formelles, sans qu'un seul tribunal n'ait jamais vérifié leur culpabilité. Des exécutions extrajudiciaires en eaux internationales, normalisées comme «lutte contre le narcotrafic».
Les Articles sur la responsabilité de l'État (ARSIWA, CDI/ONU 2001), articles 40 et 41, imposent à tous les États, face à des violations graves de normes impératives : de ne pas reconnaître comme licite la situation créée par la violation ; de ne pas prêter aide ou assistance à son maintien ; de coopérer pour y mettre fin par des moyens licites.
L'interdiction de l'agression est une norme impérative (jus cogens). Elle l'était quand la Russie l'a violée. Elle l'est quand les États-Unis la violent. L'obligation de non-reconnaissance ne distingue pas entre agresseurs sympathiques et antipathiques, entre alliés et adversaires : cette indistinction est précisément ce qui en fait du droit.
Il en découle une conséquence précise : aucun État ne peut reconnaître comme légitime un gouvernement vénézuélien installé sous administration militaire étrangère, ni la juridiction d'un tribunal interne américain sur un chef d'État capturé par un acte d'agression.
Quand la Russie a envahi l'Ukraine, l'Union européenne a réagi en quelques heures : condamnation unanime, sanctions, gel des réserves, sommets extraordinaires.
Quand les États-Unis ont bombardé Caracas et enlevé un chef d'État, l'Union européenne a réagi ainsi : la Haute représentante a commenté que Maduro «manque de légitimité». La présidente de la Commission a parlé de «transition pacifique» sans nommer l'opération — comme si Maduro avait été emporté par le vent. Un ministre des affaires étrangères européen a ironisé : «ça ne pouvait pas tomber sur une meilleure personne». Aucune condamnation. Aucune sanction. Aucun sommet extraordinaire. Un seul chef de gouvernement européen a invoqué avec netteté le droit international — et la condamnation formelle de l'agression est venue de Lula, Petro, Boric, du Mexique : du Sud du monde, pas de l'Europe qui se proclame mère du droit.
Que Maduro fût un autocrate est vrai, et c'est sans importance. Le droit international ne protège pas les dirigeants parce qu'ils sont bons : il les protège parce que l'alternative est que chaque puissance se fasse juge, policier et bourreau des autres. L'Europe qui se tait sur Caracas après avoir sanctionné Moscou certifie devant le monde entier que sa boussole n'est pas le droit : c'est l'identité de l'agresseur.
Et ici le dommage touche le fond. Parce que les États-Unis ne sont pas un État quelconque : ils sont l'architecte de l'ordre de 1945, la puissance qui a écrit la Charte de San Francisco, institué les tribunaux de Nuremberg, prêché pendant quatre-vingts ans le «rules-based order» à chaque coin de la planète. Quand le garant du système le viole impunément — et que ses alliés applaudissent ou se taisent — ce n'est pas un gouvernement qui tombe à Caracas : c'est l'argument même par lequel l'Occident a justifié son leadership moral. Toute future condamnation occidentale de l'agression d'autrui naîtra déjà morte, avec Caracas comme réponse toute prête. La prétendue suprématie idéologique de l'Occident ne tient plus : non parce que ses principes étaient faux, mais parce qu'il a démontré ne pas y croire.
Ce manifeste n'est pas une défense de Nicolás Maduro. Son régime a réprimé la dissidence, vidé les institutions, volé une élection : la victoire de l'opposition en 2024 est documentée, et la répression qui a suivi est une honte dont le chavisme répond devant l'histoire et — espérons-le — devant une cour légitime. Ce n'est pas non plus un manifeste contre le peuple américain, dont la propre presse a qualifié l'opération d'illégale, et dont le Congrès n'a même pas été consulté.
Il est contre une méthode. Défendre l'immunité d'un chef d'État indéfendable est le test suprême de la sincérité de qui croit au droit : n'importe qui peut défendre la légalité quand elle protège les innocents. Le principe se prouve quand il protège aussi ceux que nous méprisons — parce que c'est à ce moment qu'il cesse d'être convenance et devient civilisation.
Je ne reconnais pas comme licite l'agression du 3 janvier 2026 contre le Venezuela. Je ne reconnais pas l'enlèvement d'un chef d'État en exercice comme une «opération de police». Je ne reconnais pas l'administration étrangère d'un État souverain comme une «transition». Je ne reconnais pas au plus puissant le droit de faire ce qu'il condamne chez les autres. Et je constate : ceux qui ont construit le château de la justice internationale le démolissent de l'intérieur, pendant que l'Europe regarde ailleurs. Ce manifeste existe pour que quelqu'un consigne que tous n'ont pas regardé ailleurs. Parce que le droit s'applique à tous, ou ne s'applique à personne.
Fondement juridique, éthique et politique du droit de ne pas détourner le regard
Aux gouvernements des États du pavillon des navires saisis et à tous les États parties à la Convention sur le droit de la mer. Aux institutions européennes, qui n'ont trouvé leur voix que lorsque les victimes avaient des passeports européens. À ceux qui croient que la solidarité civile est un droit et non un délit. Et à ceux qui pensent qu'on peut discuter l'opportunité politique d'une mission : c'est légitime — mais l'opportunité politique n'est pas une catégorie juridique, et la mer libre protège aussi ceux qui font de la politique.
Ce manifeste est le cinquième d'une série. Les quatre premiers concernent la conduite de l'État d'Israël à Gaza et au Liban, de la Fédération de Russie en Ukraine, des responsables et complices du génocide au Soudan, et des États-Unis d'Amérique au Venezuela. Tous appliquent le même schéma juridique à des violateurs différents. Ce document l'applique à un épisode qui les résume tous : ce qui arrive quand un État traite le droit international comme un obstacle, et les citoyens qui l'invoquent comme des ennemis. Les autres manifestes sont sur iwillnotlookaway.org.
Entre le 1er et le 3 octobre 2025, la marine israélienne a intercepté en eaux internationales toutes les embarcations de la Global Sumud Flotilla — plus de quarante bateaux civils, partis de ports européens et nord-africains avec des participants de 44 pays et une cargaison d'aide humanitaire pour Gaza. Entre le 28 et le 30 avril et les 18 et 19 mai 2026, l'opération s'est répétée à plus grande échelle : 54 embarcations, environ 430 personnes, arraisonnées toujours en eaux internationales — la première vague au large de Chypre, le dernier navire à 118 milles nautiques de la côte.
Aucune de ces personnes n'avait commis de délit. Ni selon le droit international, qui en haute mer reconnaît la juridiction exclusive de l'État du pavillon. Ni selon les ordres juridiques nationaux des pays de provenance. Pas même selon le droit israélien — qui ne s'applique pas en eaux internationales. Ils transportaient une aide déclarée, sur des routes déclarées, avec des identités déclarées.
Ils ont été arraisonnés par des militaires, conduits de force dans un port israélien, et là accusés d'être entrés illégalement en Israël.
Il vaut la peine de fixer ce point, car tout s'y concentre : des personnes qui ne voulaient pas entrer en Israël, qui faisaient route ailleurs, ont été conduites en Israël contre leur volonté par des soldats israéliens — et inculpées pour cette entrée. Le ravisseur qui dénonce sa victime pour violation de domicile. Ce n'est pas une hyperbole rhétorique : c'est la qualification juridique formelle utilisée pour les détenir.
Suit la détention : la prison de haute sécurité de Ketziot, dans le désert du Néguev, construite pour les détenus pour terrorisme. Quatre-vingt-sept personnes en grève de la faim. Des témoignages convergents — désormais aux actes du parquet de Rome — de coups de poing, coups de pied, abus physiques et psychologiques, privation de sommeil, d'eau et de médicaments.
Et puis la scène qui a fait le tour du monde : le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir qui se rend au port d'Ashdod, fait agenouiller les activistes menottés mains dans le dos, et publie la vidéo sur ses propres réseaux sociaux, en les raillant. Pas l'excès d'un soldat : un ministre en exercice qui transforme la détention en spectacle d'humiliation. Le Président de la République italienne l'a qualifié d'acte de «niveau infime», infligé à «des personnes arrêtées illégalement en eaux internationales». Le 8 juin 2026, le parquet de Rome a inscrit Ben Gvir au registre des suspects pour torture et séquestration : c'est la deuxième procédure d'une juridiction ordinaire européenne à son encontre.
Un détail mesure la gravité de la scène d'Ashdod : même le premier ministre Netanyahou et le ministre des affaires étrangères Sa'ar ont pris leurs distances avec la vidéo de leur collègue. Quand l'humiliation des prisonniers embarrasse jusqu'au gouvernement qui l'a rendue possible, il ne s'agit plus d'opinions : il s'agit d'un fait que personne, sous aucune latitude, ne peut défendre.
Le précédent historique pèse sur tout : en 2010, l'arraisonnement du Mavi Marmara coûta la vie à dix civils. La commission d'enquête du Conseil des droits de l'homme de l'ONU conclut que le blocus était illégal et l'usage de la force injustifié. Quinze ans plus tard, la méthode n'a pas changé : elle est devenue routine.
Le droit international moderne a une date et un lieu de naissance : 1609, quand Hugo Grotius publia le Mare Liberum. Le principe que la mer n'appartient à aucun État et qu'aucune puissance ne peut la fermer aux autres n'est pas une norme parmi d'autres : c'est la première norme, celle dont tout l'édifice du droit des gens a germé. Pendant quatre siècles, chaque puissance navale — y compris les plus agressives — a eu intérêt à la préserver.
Saisir des navires civils en eaux internationales, hors des hypothèses limitatives que le droit admet, a un nom juridique précis quand c'est un particulier qui le fait : piraterie. Quand c'est un État, les conventions emploient des formules plus prudentes — mais la substance que ce manifeste consigne est identique : l'exercice de la force sur la mer libre contre qui n'a commis aucun délit.
Et cela vaut pour quiconque. Si Israël peut arraisonner à 118 milles de la côte un navire battant pavillon britannique, chaque État le peut. La Chine dans le détroit de Taïwan, la Russie dans la Baltique, l'Iran à Ormuz ont désormais un précédent occidental toléré à invoquer. Les États européens dont les pavillons flottaient sur ces bateaux avaient non seulement le droit mais le devoir de protester formellement : la juridiction du pavillon n'est pas un détail technique — c'est la protection que chaque État doit à ses navires et à ceux qui sont à bord.
Cette affaire a produit, involontairement, quelque chose de précieux : la preuve expérimentale de ce que soutiennent les autres manifestes de cette plateforme. Et elle l'a produite à l'échelle mondiale.
La condamnation est venue de chaque continent. Le Président de la République italienne a parlé de «traitement incivil infligé à des personnes arrêtées illégalement en eaux internationales» et d'un geste de «niveau infime de la part d'un ministre». Le président sud-africain Ramaphosa a qualifié l'interception de «contraire au droit international» et en violation de l'injonction de la Cour internationale de Justice sur l'aide. Le président colombien Petro a parlé de «nouveau crime international». Le président bolivien Arce de «violation flagrante du droit international». Le ministère des affaires étrangères turc d'«acte de terrorisme». La rapporteuse spéciale de l'ONU Francesca Albanese a posé la question que ce manifeste fait sienne : comment est-il possible qu'un État soit autorisé à saisir des navires en eaux internationales au large de l'Europe ?
Mais les paroles sont la moitié qui compte le moins. Voici les actes, à la date où l'on écrit.
Qui a agi : la Colombie a expulsé toute la délégation diplomatique israélienne et dénoncé le traité de libre-échange. La Turquie a ouvert une enquête pénale à Istanbul. L'Espagne a déposé une plainte devant la Cour pénale internationale. L'Italie a inscrit Ben Gvir au registre des suspects pour torture et séquestration. Le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et la Norvège l'avaient déjà sanctionné individuellement en juin 2025 — la preuve que le sanctionner n'est pas une utopie diplomatique : c'est une décision déjà prise par cinq démocraties occidentales.
Et l'Union européenne ? Elle a approuvé des sanctions contre un groupe de colons violents. Pour le ministre qui a mis à genoux des citoyens européens devant une caméra : aucune sanction. La proposition italienne, soutenue par la France, l'Espagne et les Pays-Bas, est bloquée par le veto de la Bulgarie et de la République tchèque — parce que les mesures restrictives exigent l'unanimité des Vingt-Sept, et l'unanimité est le lieu où les décisions européennes vont mourir. La décision est renvoyée au Conseil des affaires étrangères du 15 juin 2026.
Le tableau qui en ressort est impitoyable et doit être dit sans détour : les actes sont venus de Bogotá, Istanbul, Madrid, Rome — et du bloc anglo-saxon. L'Union en tant que telle, deux ans après Gaza et deux interceptions de masse plus tard, n'a pas encore produit un seul acte contraignant contre un homme que cinq de ses alliés ont déjà sanctionné. Même État, même ministre, mêmes normes violées : la différence, ce sont le passeport des victimes et le courage des gouvernements. Ce manifeste consigne les deux variables.
Ce manifeste ne demande pas de sanctifier la Flottille. Ses missions sont aussi des actes politiques, en plus d'humanitaires ; leur efficacité est discutable et discutée ; les opinions de ses participants sont des plus variées. Tout cela est matière légitime à débat — et c'est juridiquement sans importance. La mer libre ne protège pas seulement les neutres, et les droits ne valent pas seulement pour qui ne dérange pas. On peut penser que ces bateaux n'auraient rien résolu, et reconnaître en même temps que les arraisonner était illégal et humilier leurs équipages était indigne : les deux choses tiennent ensemble sans effort, dans tout esprit pas encore plié au parti pris.
Et comme toujours : ce manifeste ne concerne pas le peuple israélien, mais la conduite de son gouvernement — la même distinction, parce que c'est le même principe.
Je ne reconnais pas comme licite la saisie de navires civils en eaux internationales. Je ne reconnais pas l'accusation d'«entrée illégale» adressée à qui a été conduit de force à l'intérieur d'une frontière. Je ne reconnais pas l'humiliation de prisonniers sans défense comme un acte de gouvernement. Et je n'accepte pas que la solidarité civile soit traitée comme un crime par qui traite les crimes comme une politique. La mer libre a été la première conquête du droit international. La défendre n'est pas de la nostalgie : c'est défendre les fondations pendant que quelqu'un démonte le toit. Parce que le droit s'applique à tous, ou ne s'applique à personne.
Fondement juridique, éthique et politique d'une cohérence que l'Europe se doit à elle-même
Ce manifeste s'adresse à deux catégories que le débat public feint d'opposer. À ceux qui n'acceptent pas que l'Europe sous-traite à des États tiers le refoulement d'êtres humains. Et à ceux qui ont des préoccupations réelles et légitimes sur la gestion des flux : à eux ce document ne demande pas de les ignorer, mais de ne pas se les laisser voler par ceux qui les transforment en haine. Critiquer la méthode d'un gouvernement ne signifie pas mépriser ceux qui l'ont voté de bonne foi. C'est exiger qu'une frontière se gouverne sans éteindre le droit qui fonde la civilisation juridique européenne.
Aucun sujet n'est instrumentalisé comme la migration. On prend la personne la plus vulnérable — qui fuit la guerre, la faim, la persécution — et on la transforme en menace, en chiffre, en ennemi utile pour gagner une élection. La peur rend les électeurs dociles et les victimes invisibles. La souffrance d'autrui devient, littéralement, un capital politique : plus le ton monte, plus le consensus se rassemble, et moins on est tenu de répondre de ce qui se passe au-delà de la frontière. Ce manifeste naît du refus de ce mécanisme. La question n'est pas de savoir si l'Europe a le droit de réguler ses frontières — elle l'a. La question est de savoir si elle peut le faire en déléguant à d'autres ce qui, chez elle, serait illégal.
1. UE–Turquie (2016). L'accord du 18 mars 2016 prévoit le renvoi en Turquie des migrants arrivés irrégulièrement. La Commission déclare avoir affecté près de 12,4 milliards d'euros aux réfugiés et aux communautés d'accueil en Turquie depuis 2011. Pour son dixième anniversaire, des organisations de défense des droits affirment que l'accord a alimenté la souffrance et affaibli les protections juridiques. Erdoğan a maintes fois utilisé les migrants comme monnaie d'échange diplomatique.
2. UE–Liban (2024). Le 2 mai 2024, la Commission a annoncé un milliard d'euros pour le Liban (2024–2027), en grande partie pour bloquer le flux vers Chypre : environ 736 millions pour les réfugiés syriens, 200 millions pour renforcer les forces de sécurité libanaises au contrôle des frontières. Quelques jours après l'annonce, le Liban a introduit de nouvelles règles rendant la résidence légale quasi impossible, suivies de déportations vers la Syrie — que l'Union elle-même ne considère pas sûre. L'Europe a fermé les yeux.
3. Italie–Albanie (2023). Le protocole Meloni–Rama de novembre 2023 prévoit de traiter en Albanie, dans deux centres à gestion italienne (Shëngjin et Gjadër), jusqu'à 36 000 demandeurs d'asile par an. Opérationnels depuis octobre 2024, ils sont restés largement vides pendant des mois à cause de blocages judiciaires répétés ; l'un d'eux a ensuite été reconverti en « hub de retour » par décret-loi. Un rapport a établi que leur construction a coûté environ sept fois plus qu'un centre équivalent en Italie.
4. Le nouveau Pacte UE (en vigueur depuis le 12 juin 2026). Le règlement européen sur les procédures d'asile, en vigueur ces jours-ci, accélère les expulsions, prévoit des « hubs de retour » offshore pour les refoulés et autorise les transferts vers des « pays tiers sûrs », déplaçant au niveau de l'UE la définition de ce qui est « sûr ». Amnesty International a résumé l'objection : « étiqueter un pays comme sûr ne le rend pas sûr ».
L'externalisation n'opère pas dans un vide juridique : elle opère contre un corps de normes précis. Le principe de non-refoulement (art. 33 de la Convention de Genève de 1951) interdit de renvoyer une personne vers un lieu où elle risque la persécution ou des traitements inhumains — directement ou par État interposé. Le droit d'asile et la protection en cas d'éloignement sont consacrés par les articles 18 et 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'UE. L'interdiction des expulsions collectives est fixée par l'article 4 du Protocole 4 à la CEDH. Et la Cour européenne des droits de l'homme, dans l'arrêt Hirsi Jamaa c. Italie (2012), a déjà condamné l'Italie pour les refoulements vers la Libye : la juridiction, et donc la responsabilité, suit l'État même au-delà de ses frontières. Externaliser n'annule pas l'obligation. Cela la déplace seulement là où elle est plus difficile à faire valoir.
Ici la précision s'impose, car la précision est notre crédibilité. La position est nette et documentée : les centres albanais sont conçus pour détenir des personnes hors du territoire national, les soustrayant de fait au contrôle ordinaire des juges et aux garanties qui s'appliqueraient en Italie. Les tribunaux italiens ont bloqué à plusieurs reprises les transferts ; en 2024 Amnesty International a constaté que les personnes détenues étaient privées de liberté de façon illégale. Pour ses détracteurs, le dispositif viole le droit d'asile et crée un vide de responsabilité ; et confier à un autre État l'exercice du pouvoir coercitif soulève un problème de souveraineté et de tenue constitutionnelle. La prudence nécessaire : le statut est contesté, non encore tranché. Le 1er août 2025, la Cour de justice de l'UE (affaires jointes C-758/24 et C-759/24) a porté un coup au dispositif des « pays sûrs ». Les avis des avocats généraux sont partagés : en avril 2026, un avis a soutenu la légitimité de l'implantation des centres ; le 11 juin 2026, un second avis a confirmé que les États restent libres de les implanter en Albanie, mais a ajouté que le respect des standards minimaux de traitement à l'intérieur reste non prouvé. L'arrêt contraignant est attendu dans les prochains mois. À noter, l'ironie : c'est le gouvernement qui invoque la « souveraineté nationale » contre la Cour européenne — la même souveraineté que le dispositif albanais, de fait, délègue à un État tiers.
C'est la même Europe. Celle qui invoque le droit international contre Moscou et module son indignation sur Gaza. Celle qui juge les crimes des autres et finance les forces qui déportent les Syriens vers un pays qu'elle-même ne reconnaît pas comme sûr. Externaliser la frontière, c'est externaliser la violation : la déplacer au-delà de la ligne, là où les caméras n'arrivent pas et où les juges européens peinent à arriver. Ce n'est pas gérer les flux : c'est la construction délibérée d'un lieu où le droit s'éteint. Un continent qui paie d'autres pour détourner le regard à sa place détourne le regard de lui-même.
Il faut le dire clairement, car c'est le point que les démagogues ne veulent pas entendre : avoir des préoccupations sur la gestion des flux n'est pas du racisme. Ceux qui craignent pour les services, pour la sécurité, pour la cohésion des quartiers populaires — souvent ceux qui vivent là précisément où l'intégration est laissée sans moyens — ont droit à des réponses sérieuses, pas à des slogans. La cible de ce manifeste, ce ne sont pas ces citoyens : c'est quiconque prend leurs préoccupations légitimes et les transforme en haine pour récolter des voix, en laissant intacts les problèmes réels. Les migrants ne sont pas une monnaie d'échange, et les citoyens ne sont pas de la chair à propagande. Défendre le droit d'asile et exiger une gestion compétente des flux ne sont pas des positions opposées : c'est la même exigence de sérieux.
La civilisation d'un continent ne se mesure pas au nombre de personnes qu'il parvient à tenir dehors, mais au nombre de droits qu'il parvient à ne pas trahir en le faisant. On peut gouverner une frontière sans sous-traiter sa conscience. On peut débattre de chiffres sans déshumaniser ceux qui les composent. L'Europe qui paie d'autres pour détourner le regard à sa place détourne le regard d'elle-même. Pas nous.
Convention de Genève 1951, art. 33 (non-refoulement) · Charte des droits fondamentaux de l'UE, art. 18–19 · CEDH, art. 3, 5, 13 et Protocole 4, art. 4 · Hirsi Jamaa c. Italie, CEDH 2012 · CJUE 1er août 2025, affaires jointes C-758/24 et C-759/24 · Règlement UE sur les procédures d'asile, en vigueur depuis le 12 juin 2026.
I Will Not Look Away · 2026
Les faits qui m'ont frappé et que je ne pouvais pas ignorer. Chaque actualité est vérifiée et accompagnée d'une analyse juridique avant publication.
12 juin 2026 — Union européenne
Les faits
Le 12 juin 2026, le règlement européen sur les procédures d'asile, partie du Pacte UE sur la migration et l'asile, est entré en vigueur. Il introduit des procédures accélérées aux frontières, des « hubs de retour » offshore pour les refoulés et une liste UE de « pays tiers sûrs » vers lesquels transférer les demandeurs.
Commentaire juridique
Le transfert vers des « pays tiers sûrs » sans examen individuel ni recours suspensif effectif entre en conflit avec le principe de non-refoulement (art. 33 Convention de Genève) et l'interdiction des expulsions collectives (Protocole 4 CEDH). La désignation d'un pays comme « sûr » reste contrôlable par le juge, comme la CJUE l'a établi le 1er août 2025.
Implications
Le Pacte déplace au niveau européen la logique d'externalisation jusqu'ici gérée par les États. C'est le cœur de notre manifeste sur l'asile : gouverner les flux sans éteindre le droit.
Sources : EU Perspectives · Amnesty · IBA
11 juin 2026 — Luxembourg
Les faits
Le 11 juin 2026, l'avocate générale de la Cour de justice de l'UE, Laila Medina, a rendu son avis sur le cas de deux migrants détenus dans les centres italiens en Albanie, renvoyé par la cour d'appel de Rome. Elle confirme qu'implanter les centres en Albanie est légitime, mais que le respect des standards minimaux de traitement requis par le droit de l'UE n'est pas prouvé. C'est le deuxième avis après celui, plus favorable, d'avril 2026.
Commentaire juridique
L'avis de l'avocat général ne lie pas les juges : l'arrêt définitif est attendu dans les prochains mois et pourrait le renverser. L'arrêt de la CJUE du 1er août 2025 (affaires C-758/24 et C-759/24), qui a limité la désignation des « pays sûrs », reste en vigueur. Le statut du dispositif albanais est donc contesté, non acquis.
Implications
Les centres, opérationnels depuis octobre 2024, sont restés largement vides à cause des blocages judiciaires. Pour ses détracteurs, le dispositif viole le droit d'asile, crée un vide de responsabilité et soulève un problème de souveraineté.
Sources : Eunews · Global Detention Project · InfoMigrants
Juin 2026 — Omer Bartov, «Israel: What Went Wrong?»
Les faits
Omer Bartov — professeur d'études sur la Shoah et le génocide à Brown University, israélo-américain, ancien combattant de l'armée israélienne — a publiquement changé de position sur Gaza. En novembre 2023, il jugeait « très probables » des crimes de guerre et contre l'humanité, mais « sans preuve de génocide » ; en juillet 2025, il est parvenu à la conclusion inverse. Dans son livre « Israel: What Went Wrong? » (2026), il soutient que la campagne militaire vise à rendre Gaza inhabitable pour sa population. Sa voix n'est pas isolée : en septembre 2025, la Commission d'enquête indépendante de l'ONU a conclu, dans un rapport formel, qu'Israël commet un génocide à Gaza (plus de 60 000 morts palestiniens documentés). Israël rejette ces qualifications.
Commentaire juridique
Le débat public confond des déterminations de poids juridique très différent ; les isoler rend l'analyse inattaquable. La Cour internationale de Justice, en janvier 2024 (Afrique du Sud c. Israël), a ordonné des mesures provisoires estimant « plausible » le risque pour les droits protégés par la Convention sur le génocide : ce n'est pas un jugement sur le fond, lequel est en cours. La Cour pénale internationale, en novembre 2024, a émis des mandats d'arrêt contre Netanyahou et Gallant pour crimes de guerre et contre l'humanité — non pour génocide. La Commission d'enquête de l'ONU (septembre 2025) a en revanche formulé une détermination formelle de génocide, tout comme Amnesty International et Human Rights Watch dans leurs propres rapports.
Implications
La question « mentent-ils tous ? » est rhétoriquement puissante mais logiquement faible : c'est un argument d'autorité. La question juridiquement sérieuse est autre : face à des déterminations formelles et convergentes d'instances tierces et indépendantes, la charge se déplace sur ceux qui les rejettent en bloc. Bartov — lui-même spécialiste de la Shoah — rappelle que les génocides ne sont pas que des faits militaires : ils vivent du consentement, de l'indifférence et du silence. Critiquer la conduite du gouvernement Netanyahou ne revient pas à nier le droit d'Israël à exister, ni à absoudre le Hamas, ni à effacer les victimes du 7 octobre : c'est refuser qu'un traumatisme historique devienne une licence permanente. Le devoir de regarder commence ici.
Sources : New York Times · Democracy Now! · Al Jazeera · The Forward
Mai–juin 2026 — Taipei · Washington · Pékin
Les faits
Après le sommet de Pékin de mai 2026, les États-Unis ont suspendu un programme d'armement de 14 milliards de dollars destiné à Taïwan (missiles et systèmes de défense aérienne), que Trump a qualifié de « monnaie d'échange » ; à son retour, il a déclaré ne pas vouloir « une guerre à 9 500 miles », après que Xi eut averti qu'une mauvaise gestion de la question taïwanaise pourrait conduire au « conflit ». Pendant ce temps, la dirigeante du Kuomintang Cheng Li-wun — première cheffe du KMT à se rendre à Pékin depuis dix ans, après sa rencontre avec Xi en avril et un essai de mars dans Foreign Affairs (« Taïwan n'a pas à choisir ») — est en tournée aux États-Unis pour promouvoir la « réconciliation » sino-américaine. (Cheng est favorable à la réunification et a qualifié l'invasion russe de l'Ukraine de guerre défensive provoquée par l'OTAN : ce n'est pas un simple récit de victimes.)
Commentaire juridique
La règle qui protège Taïwan est la même que celle qui protégeait le Venezuela : l'interdiction du recours à la force (article 2(4) de la Charte de l'ONU), norme impérative (jus cogens). Quand cette règle est suspendue pour une puissance — les États-Unis capturant un chef d'État à Caracas — elle s'affaiblit pour toutes, et Pékin en prend note. Une « réunification » imposée par la force serait une agression selon le même standard exact : le précédent la rend plus pensable, et la dissuasion occidentale vacillante la rend plus praticable.
Implications
Taïwan est le test vivant de la cohérence. Quiconque a condamné l'agression contre l'Ukraine mais a justifié — ou applaudi — la capture de Maduro a déjà enseigné la leçon à Pékin : pour les puissants, la règle est facultative. La seule position cohérente est identique pour tous — l'agression est illégitime quel qu'en soit l'auteur, contre Caracas comme contre Taïpei. Ce n'est pas un soutien à une faction taïwanaise : c'est la fidélité à la règle qui, seule, empêche chaque petite nation de devenir une proie.
Sources : Foreign Policy · CNN · Axios · PBS/AP · The Diplomat · SCMP
6 juin 2026 — Tribeca Film Festival, New York
Les faits
Lors de la première de The Wedding Entertainer, tourné en Israël, l'acteur Elon Gold et l'influenceuse pro-Israël Lizzy Savetsky ont ri publiquement en faisant référence aux témoignages documentés de viols et de sévices sexuels avec des chiens militaires dressés sur des détenus palestiniens à la prison de Sde Teiman. Le Tribeca Film Festival a condamné sans réserve ces propos : «La violence sexuelle et la souffrance humaine ne devraient jamais être tournées en dérision».
Commentaire juridique
Les pratiques décrites constituent des violations graves de la Convention des Nations Unies contre la torture (CAT, 1984), de l'article 3 commun aux Conventions de Genève, et des crimes de guerre au sens de l'article 8 du Statut de Rome. La moquerie publique de tels actes par des personnalités publiques fait partie d'une culture de l'impunité que le droit international a le devoir de nommer.
Implications
Rire du viol de prisonniers de guerre n'est pas de la liberté d'expression : c'est la manifestation publique d'une déshumanisation si profonde que la souffrance de l'autre devient un sujet comique. C'est la même déshumanisation documentée dans les écoles israéliennes, exercée par Ben Gvir, appliquée dans les prisons. Ce ne sont pas des épisodes séparés — ce sont des échelons de la même échelle.
Sources : Middle East Eye · Variety · B'Tselem «Living Hell», janvier 2026 · Francesca Albanese, Rapporteuse Spéciale ONU
Recherche académique
Les faits
Nurit Peled-Elhanan, professeure émérite d'éducation linguistique à l'Université hébraïque de Jérusalem et auteure de Palestine in Israeli School Books (I.B. Tauris, 2012), a documenté systématiquement comment le système scolaire d'État israélien présente les Palestiniens comme un problème à éliminer. Les massacres historiques de Palestiniens sont présentés comme des «événements aux conséquences positives pour les Juifs». L'enseignement de l'Holocauste, selon la chercheuse, n'est pas conçu pour susciter l'empathie universelle, mais pour traumatiser les élèves et alimenter la peur de l'autre.
Commentaire juridique
La Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (1948), art. III, inclut parmi les actes punissables «l'incitation directe et publique à commettre le génocide». Lorsqu'une telle incitation est structurée dans un programme scolaire national, la responsabilité est étatique au sens des arts. 40-41 ARSIWA.
Implications
Les déclarations de Ben Gvir, les mandats de la CPI, l'usage du phosphore blanc — aucun de ces faits n'émerge du néant. Ils émergent de décennies de formation d'une génération qui n'a jamais appris à reconnaître les Palestiniens comme des êtres humains. C'est le contexte que la communauté internationale a le devoir de considérer.
Sources : Nurit Peled-Elhanan, Palestine in Israeli School Books, I.B. Tauris 2012 · +972 Magazine
Juin 2026
Commentaire juridique
La déclaration de Ben Gvir constitue une incitation ouverte à la commission de crimes de guerre. L'enlèvement de civils est expressément interdit par l'article 3 commun aux Conventions de Genève et constitue un crime de guerre au sens de l'article 8 du Statut de Rome.
Implications
Les déclarations d'un membre du gouvernement attestent que la violation du droit international n'est pas une erreur tactique mais une politique délibérée. Cela renforce l'applicabilité des arts. 40-41 ARSIWA : les autres États doivent refuser de reconnaître comme licite une telle conduite.
Sources : Middle East Eye · Middle East Monitor · Naharnet
Juin 2026
Commentaire juridique
L'inscription au registre des suspects par un tribunal européen marque un précédent significatif : pour la première fois, la justice ordinaire d'un État membre de l'UE exerce sa juridiction sur un ministre israélien en exercice.
Implications
Le ministre Tajani a qualifié les paroles de Ben Gvir d'«inacceptables et indignes» et a demandé à Kallas de soumettre une proposition de sanctions au Conseil des Affaires étrangères, avec le soutien de la France et des Pays-Bas.
Sources : The Jerusalem Post · ANSA · TRT World
Juin 2026
Commentaire juridique
La demande italienne de sanctions individuelles contre un ministre israélien représente l'application concrète du mécanisme prévu par les arts. 40-41 ARSIWA — exactement le modèle invoqué par ce manifeste.
Implications
Le soutien de la France et des Pays-Bas rend la perspective concrète et démontre que la pression civique produit des effets réels.
Sources : ANSA · Euronews · The National · Brussels Signal
3 janvier 2026 — Caracas
Les États-Unis capturent militairement le président Nicolás Maduro et annoncent vouloir « gouverner » le Venezuela. La capture d'un chef d'État en exercice, sans autorisation du Conseil de sécurité ni légitime défense, viole l'article 2(4) de la Charte de l'ONU et l'immunité des chefs d'État. C'est le test le plus pur du principe de cette plateforme : la loi vaut pour tous ou pour personne.
I Will Not Look Away · 2026
Chaque manifeste a sa pétition dédiée. Signer signifie donner un poids collectif à un principe.