ACTUALITÉ
Liban : Mona Khalil tuée dans sa propre maison à Mansouri, sous un ordre d’évacuation
Juin 2026
Le fait
Mona Khalil — écologue marine libanaise, née à Lagos en 1949 — avait consacré plus de vingt-cinq ans à la protection des tortues marines sur la plage de Mansouri, dans le sud du Liban, où elle avait fondé l’Orange House. Le 4 juin 2026, une frappe israélienne a touché sa maison, la blessant ainsi que son assistante ; hospitalisée avec de graves blessures, elle est morte de ses blessures environ deux semaines plus tard. Elle était restée parmi les très rares habitants à demeurer malgré les vastes ordres d’évacuation israéliens pour le sud. L’armée israélienne a déclaré qu’elle « n’était pas une cible » et qu’elle n’avait pas d’information confirmée sur une frappe l’ayant blessée, précisant que des frappes avaient été menées dans la zone après l’émission d’avis d’évacuation.
Commentaire juridique
Un ordre d’évacuation ne transforme pas ceux qui restent en cibles légitimes. Le droit international humanitaire impose la distinction et la proportionnalité (Protocole additionnel I, art. 51) ; frapper une civile dans sa propre maison, en l’absence d’objectif militaire, viole la protection des civils et des biens civils prévue par la IVe Convention de Genève. Le déplacement forcé d’une population n’est licite que pour sa sécurité ou par nécessité militaire impérieuse, et doit être temporaire (Genève IV, art. 49) ; le transfert forcé comme méthode peut constituer un crime de guerre (Statut de Rome, art. 8). Un ordre d’évacuation émis par un État sur le territoire d’un autre touche en outre à la souveraineté (art. 2(4) de la Charte des Nations unies).
Implications
La mort de Mona Khalil est le test d’un principe. Si un avis d’évacuation suffisait à suspendre la protection des civils et la souveraineté de l’État, nous accepterions que la force soit la seule véritable loi. La FINUL (résolution 1701) veille sur le sud du Liban, mais sans pouvoir de coercition : une présence sans capacité d’empêcher. La responsabilité — de l’État devant la Cour internationale de Justice, des individus devant la Cour pénale internationale — existe sur le papier. Ce qui manque, comme toujours, c’est l’application. Une tortue n’arrête pas une guerre. Le droit, oui — si quelqu’un l’appliquait.
Sources: Al Jazeera · AFP / Asharq Al-Awsat · The New Arab · Naharnet · Ynetnews · النهار · CNN عربية